Objectifs climatiques de la Chine pour 2035 : une avancée potentielle pour l’action climatique mondiale

Table des Matières

Des objectifs ambitieux pour 2035 sont essentiels pour que les nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN) de la Chine soient conformes à l'Accord de Paris. En s'engageant à réduire significativement ses émissions, la Chine peut mener les efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique et donner un exemple fort aux autres nations. Les ingénieurs et les professionnels de l'environnement qui travaillent avec la Chine ont un rôle crucial à jouer dans cette transition, en stimulant l'innovation et la mise en œuvre de pratiques durables qui contribueront à la réalisation de ces objectifs ambitieux. Le monde entier observe, et les actions de la Chine façonneront sans aucun doute l'avenir de la politique climatique mondiale.

Les engagements actuels de la Chine et la croissance rapide des énergies propres

La Chine s'est engagée à plafonner ses émissions de gaz à effet de serre avant 2030 et atteindre la neutralité carbone avant 2060Ces engagements sont fondamentaux, mais les objectifs fixés pour 2035 définiront le rythme et l'ampleur des réductions d'émissions après 2030, impulsant la transition énergétique de la Chine et démontrant la crédibilité de son objectif de neutralité.

Il convient de noter que le secteur des énergies propres en Chine a connu un essor fulgurant, dépassant les prévisions initiales de ses engagements climatiques. Les premiers signes indiquent que les émissions Il se pourrait que cette croissance se stabilise, voire qu'elle soit en baisse, ce qui laisse penser que la Chine pourrait fixer des objectifs plus ambitieux pour 2035 en toute confiance.

Réévaluation des trajectoires d'émissions pour des objectifs plus ambitieux

La Chine devrait viser une réduction d'au moins 30 % de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2035 afin de se conformer à l'Accord de Paris. Cet objectif est réalisable en s'appuyant sur les tendances et politiques actuelles.

Point de départ : Tendances des émissions et engagements existants

La Chine est responsable de 30 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre et a contribué à 90 % de la croissance des émissions de CO2 depuis l'adoption de l'Accord de Paris en 2015. La croissance des émissions s'est accélérée entre 2021 et 2023, soulignant le rôle crucial de la Chine dans la lutte mondiale contre le changement climatique. Pour se conformer aux objectifs de l'Accord de Paris, la Chine doit mettre en œuvre des réductions drastiques de ses émissions au cours de la prochaine décennie, garantissant ainsi la crédibilité de son engagement à long terme en faveur de la neutralité carbone.

Toutefois, la structure des objectifs actuels de la Chine permet une réduction lente des émissions, avec la possibilité que des niveaux d'émissions élevés persistent pendant encore une décennie avant un déclin rapide. Cette approche a conduit à ce que les engagements de la Chine soient jugés « hautement insuffisants » par Climate Action Tracker, un organisme national d'évaluation des plans climatiques. De plus, la Chine doit formaliser le fait que son objectif de neutralité carbone pour 2060 couvre tous les gaz à effet de serre, une condition déjà énoncée par le ancien envoyé spécial pour le climat Xie Zhenhua, mais pas encore inclus dans les soumissions officielles.

Voies d'alignement sur l'Accord de Paris

Divers groupes de recherche chinois et internationaux ont proposé des scénarios pour respecter les engagements de la Chine à l'horizon 2030 et 2060. Ces scénarios dépendent des objectifs de température mondiale visés (par exemple, 1.5 °C ou 2 °C), des hypothèses relatives à la capture du CO₂, du partage des efforts entre les pays et des coûts de réduction des émissions. Les scénarios qui prévoient des réductions d'émissions modestes au cours de la prochaine décennie supposent souvent un dépassement important des concentrations de gaz à effet de serre, misant sur une capture du carbone à grande échelle ultérieurement. Ces scénarios sont risqués, coûteux et probablement irréalisables ; ils ont donc été exclus de notre analyse.

Une analyse des études publiées, résumée dans le tableau ci-dessous, indique que pour atteindre l'objectif de 1.5 °C, la Chine devrait réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'au moins 30 % par rapport à leur niveau maximal d'ici 2035. Des scénarios plus ambitieux prévoient des réductions allant jusqu'à 80 %. le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) Le rapport d'évaluation suggère des réductions encore plus importantes, avec une médiane de plus de 60 %.

Une voie gérable vers la réduction des émissions

En se concentrant sur les opportunités sectorielles et en s'appuyant sur les tendances et politiques existantes, la Chine peut atteindre un 30% de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2035. Cette approche s'aligne non seulement sur les objectifs climatiques mondiaux, mais renforce également la crédibilité de l'objectif de neutralité carbone à long terme de la Chine.

Face à l'augmentation des émissions chinoises ces dernières années, parvenir à des réductions substantielles au cours de la prochaine décennie peut sembler une tâche ardue pour les décideurs politiques. Toutefois, en s'appuyant sur les tendances, les politiques et les objectifs sectoriels existants, une réduction de 30 % d'ici 2035 est non seulement réalisable, mais aussi stratégiquement judicieuse. Une analyse sectorielle de la tâche révèle des pistes claires pour atteindre cet objectif.

La transformation de l'acier : un levier essentiel pour la réduction des émissions

Le secteur sidérurgique chinois, produisant 54 % de l'acier mondialLa production d'acier en Chine représente la plus grande opportunité de réduction des émissions. Elle repose fortement sur les hauts fourneaux alimentés au charbon, ce qui en fait le deuxième secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre après la production d'électricité. À mesure que la demande d'acier en Chine atteint son apogée et que l'offre de ferraille recyclée augmente, le potentiel de transition vers une production non basée sur le charbon s'accroît.

La Chine s'est fixé des objectifs ambitieux en 2022 : porter la part de la ferraille dans sa production à 30 % et celle de l'acier produit au four à arc électrique à 15 % d'ici 2025. Selon les projections de l'Association chinoise de l'industrie sidérurgique, la production d'acier au four à arc électrique pourrait dépasser 30 % de la production totale d'ici 2035. Par ailleurs, une étude menée conjointement par l'Institut de recherche Huaxia sur l'énergie à double bilan carbone et l'Université Tsinghua indique que la production d'acier pourrait diminuer de 10 à 20 % d'ici 2025 dans le cadre d'une stratégie de neutralité carbone. Cette réduction, conjuguée à une augmentation de la production d'acier au four à arc électrique, pourrait permettre de réduire de 40 % les émissions de CO₂ du secteur d'ici 2035.

Pour tirer parti de ce potentiel, la Chine pourrait se fixer des objectifs de production d'acier propre et sans charbon, en pourcentage de sa production totale d'acier.

Le rôle central du secteur de l'énergie dans la transition

Le secteur de l'énergie, principal émetteur de gaz à effet de serre, joue un rôle crucial dans la transition énergétique. Il doit se développer pour fournir l'électricité nécessaire au remplacement du pétrole dans les transports et du charbon dans l'industrie et le bâtiment, contribuant ainsi à la réduction des émissions dans de nombreux secteurs.

Après une expansion record des énergies solaire et éolienne en 2023, la Chine est en bonne voie d'atteindre le pic de ses émissions du secteur énergétique et d'amorcer leur réduction. Le maintien des niveaux d'ajout d'énergies renouvelables atteints en 2023 permettrait à la Chine de tripler sa capacité de production d'énergies renouvelables entre 2022 et 2030, conformément à l'ambition mondiale fixée lors de la COP28 à Dubaï.

Les industries des énergies propres sont optimistes quant à cette croissance. L'Association chinoise de l'industrie photovoltaïque prévoit des ajouts de capacité annuels de 225 gigawatts (GW) Selon leur scénario prudent, la capacité éolienne devrait augmenter légèrement entre 2024 et 2030 par rapport aux 217 GW installés en 2023. Dans un scénario optimiste, ce rythme pourrait s'accélérer pour atteindre 280 GW par an. Le secteur éolien indique que la Chine doit installer plus de 50 GW de nouvelle capacité éolienne par an entre 2021 et 2025, puis plus de 60 GW par an à partir de 2026, pour atteindre la neutralité carbone. Avec déjà 76 GW de capacités installées en 2023, cet objectif semble modeste. La Société chinoise d'ingénierie hydroélectrique prévoit l'ajout de 60 GW supplémentaires de capacité hydroélectrique conventionnelle d'ici 2035.

En combinant ces projections, la capacité de production d'énergie renouvelable de la Chine pourrait plus que tripler, passant de 1 130 GW en 2022 à 3 400-3 800 GW d'ici 2030. Cette expansion permettrait une réduction de plus de 20 % de la production d'électricité à partir du charbon et une réduction de 35 % de la consommation globale de charbon, tous secteurs confondus, d'ici 2035.

Objectifs stratégiques pour les énergies renouvelables et les véhicules électriques

Pour garantir le succès de sa stratégie de réduction des émissions, la Chine devrait intégrer de nouveaux objectifs en matière d'énergies renouvelables ou non fossiles dans ses CDN actualisées. Cela offrirait de la visibilité au secteur et compléterait les objectifs d'émissions absolues. Promouvoir des objectifs nationaux ambitieux pour les capacités de production d'énergies renouvelables et les véhicules électriques est conforme aux intérêts de la Chine, compte tenu de sa part importante dans les exportations de ces technologies et de leur rôle crucial pour la croissance économique.

Voici comment différents secteurs peuvent contribuer à cet effort de transformation

Bien que le secteur sidérurgique soit essentiel, d'autres industries majeures consommatrices d'énergie en Chine offrent des possibilités substantielles de réduction des émissions.

Production de ciment :

Le ciment est le troisième secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en Chine, après l'électricité et l'acier. Depuis 2020, la production et les émissions de ciment sont en baisse. La Fédération chinoise des matériaux de construction prévoit une diminution de la demande de plus de 10 % d'ici 2030, ce qui pourrait réduire les émissions de près de 30 % par rapport aux niveaux de 2020 d'ici 2035. Cette évolution s'inscrit dans le cadre du désengagement de la Chine des projets d'infrastructures et immobiliers à faible valeur ajoutée.

Développement du marché des quotas d'émission de CO2 :

Une approche stratégique consiste à étendre le système chinois d'échange de quotas d'émission de CO2 à tous les secteurs industriels fortement émetteurs. Cette mesure s'inscrit dans le cadre de la politique environnementale « Belle Chine », qui vise à mettre en place un marché du carbone efficace et influent d'ici à 2035.

Réduction des émissions de méthane des mines de charbon :

L'extraction du charbon contribue non seulement aux émissions de CO2, mais aussi à d'importantes émissions de méthane, qui représentent 5 % de l'empreinte carbone totale de la Chine. La fermeture des mines à fortes émissions, en réduisant la consommation de charbon, pourrait permettre de diminuer ces émissions. émissions de méthane de 40 % dès 2035.

Élimination progressive des HFC :

Les hydrofluorocarbures (HFC), puissants gaz à effet de serre utilisés dans les climatiseurs et les réfrigérateurs, représentent 1 % des émissions de la Chine. Suite à l'amendement de Kigali, la Chine vise à éliminer progressivement les HFC d'ici 2045, ce qui pourrait réduire de moitié ces émissions d'ici 2035.

Potentiel du secteur des transports :

Maintenir les émissions du secteur des transports aux niveaux de 2020 jusqu'en 2035 constituerait une réussite majeure. La politique « Chine belle » fixe un objectif de 45 % de véhicules à énergies nouvelles (VEN) dans les ventes totales de véhicules d'ici 2027, avec un objectif réaliste de 60 % d'ici 2035. Cette transition pourrait réduire considérablement la consommation de pétrole.

Transport de marchandises :

Un autre objectif est de porter à 25 % d’ici 2035 la part du fret transporté par voie ferroviaire, en réduisant les émissions liées au transport routier et aérien.

Renforcer les puits de carbone :

Selon une modélisation de l'Université Renmin, l'expansion du couvert forestier pourrait accroître la capacité de séquestration du carbone de la Chine de 15 % d'ici 2035, permettant ainsi des réductions d'émissions plus importantes.

L’impact plus large : s’aligner sur les objectifs stratégiques

Réduire significativement les émissions d'ici 2035 est non seulement une nécessité environnementale, mais s'inscrit également dans les objectifs stratégiques de la Chine. L'année 2035 vise à bâtir une société socialiste modernisée et à atteindre les objectifs de la « Chine belle », notamment l'amélioration de la qualité de l'environnement et la réduction durable des émissions de CO2 après le pic de pollution.

Maintenir et accélérer la transition énergétique, qui a bénéficié d'investissements massifs en 2023, est essentiel à une croissance économique de qualité et au leadership technologique. Elle contribue à l'objectif de 2035 visant à bâtir une économie modernisée en favorisant le développement de nouvelles industries propres et en réduisant la dépendance aux secteurs énergivores et fortement émetteurs.

De plus, la réduction de la consommation de combustibles fossiles améliorera la qualité de l'air et la protection de l'environnement, éléments essentiels de la vision de la « Chine magnifique ». La gestion actuelle de la réduction progressive du charbon garantit une transition plus harmonieuse et évite les difficultés liées à une réduction plus brutale à l'avenir.

Un engagement crédible

Les dirigeants chinois ont fait leurs preuves en fixant et en atteignant des objectifs climatiques ambitieux, tels que le pic d'émissions de CO2 d'ici 2014 et la neutralité carbone d'ici 2020. Ces engagements ont guidé la politique intérieure et les accords internationaux comme l'Accord de Paris et le Pacte de Glasgow sur le climat.

Pour continuer à jouer un rôle constructif dans les négociations climatiques internationales, la Chine devrait s'engager à réduire considérablement ses émissions, conformément à l'Accord de Paris. Cela implique d'atteindre un pic d'émissions dans l'immédiat et de les réduire durablement jusqu'en 2035. Ce faisant, elle rendra non seulement l'objectif de neutralité carbone d'ici 2060 réalisable et crédible, mais permettra également aux industries chinoises de technologies propres, leaders mondiales, de prospérer, stimulant ainsi la croissance économique et le développement durable.

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