Les entreprises chinoises font figure de pionnières en matière de divulgation d'informations relatives à la nature dans le cadre de la Convention-cadre mondiale sur la biodiversité.

Table des Matières

3 points clés à retenir de l'article :

  1. Déclarations relatives au leadership mondial dans le domaine de la nature : Les entreprises chinoises sont à l'avant-garde de l'intégration des informations relatives à l'environnement dans leurs stratégies de développement durable, conformément aux objectifs du Cadre mondial pour la biodiversité. Ce leadership souligne l'engagement de la Chine en faveur de la transparence environnementale et du développement durable, et constitue un exemple pour ses homologues internationaux.
  • Évolution du reporting en matière de développement durableL’adoption de la publication d’informations relatives à la nature représente une évolution majeure du reporting de développement durable, dépassant les cadres traditionnels axés sur le climat. Ce changement reconnaît l’impact plus large des activités des entreprises sur la biodiversité et les écosystèmes, et met l’accent sur une gestion environnementale responsable et intégrée.
  • Implications réglementaires et commerciales : Les initiatives chinoises annoncent un futur cadre réglementaire où la publication d'informations ESG (environnementales, sociales et de gouvernance) deviendra obligatoire d'ici 2030. Cette mesure renforce non seulement la transparence des entreprises, mais prépare également les entreprises chinoises à se conformer aux normes internationales établies par des organismes tels que l'International Sustainability Standards Board (ISSB).

Lors du Forum économique mondial de Davos en janvier, 320 entreprises et institutions d'investissement de 46 pays ont annoncé leur engagement à divulguer leurs impacts environnementaux. Cette initiative s'aligne sur les recommandations du Groupe de travail sur les informations financières relatives à la nature (TNFD), qui a publié l'année dernière son cadre de référence pour les informations communiquées par les entreprises en lien avec la nature.

Les recherches indiquent que plus de la moitié du PIB mondial (58 000 milliards de dollars) est modérément ou fortement dépendant de la natureLa déforestation et la perte de biodiversité constituent des risques importants pour cette valeur économique. En réponse, le ministère chinois des Finances a publié lundi dernier le document intitulé « Publication d'informations sur le développement durable des entreprises – Exigences générales (projet) ». Il s'agit du document le plus complet jamais publié en Chine sur la publication d'informations relatives au développement durable. Les autorités sollicitent l'avis du public sur ce projet de lignes directrices, dans le but de rehausser les normes en matière de rapports de développement durable.

Les analystes de marché estiment que les récentes directives de Pékin, un facteur déterminant du développement durable des entreprises du secteur privé chinois, annoncent une nouvelle ère. Ces directives pourraient également indiquer que les lignes directrices de l'International Sustainability Standards Board (ISSB), publiées en juin 2023, sont sur le point d'être mises en œuvre sur le marché chinois. Les normes de l'ISSB gagnent déjà du terrain à l'échelle mondiale, notamment sur des marchés comme Singapour.

Guo Peiyuan, président du cabinet de conseil indépendant Syntao Green Finance, a qualifié les nouvelles lignes directrices d’« avancée significative » vers un cadre global pour la publication d’informations sur le développement durable à l’échelle nationale. Il a souligné que le projet intègre largement les normes de l’ISSB, garantissant ainsi une information de qualité et cohérente. Par ailleurs, les lignes directrices préconisent une approche progressive, ciblant dans un premier temps les sociétés cotées et les grandes entreprises, et visent à faire évoluer la publication d’informations du volontariat vers l’obligation, avec des règles ESG préliminaires mises en place d’ici 2027.

« Cette initiative souligne l’engagement de la Chine à renforcer la transparence des entreprises et à s’aligner sur les pratiques mondiales en matière de développement durable », a-t-il déclaré.

Évolution des pratiques de développement durable

Les informations relatives à l'environnement constituent un prolongement naturel des informations sur le climat. En 2017, le Groupe de travail sur les informations financières relatives au climat (TCFD), depuis dissous, a introduit un cadre reposant sur quatre piliers : la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques, et les indicateurs et objectifs. Ce cadre visait à aider les entreprises à évaluer de manière exhaustive l'impact du changement climatique sur leurs activités.

Le cadre de la TCFD a exercé une influence considérable, jetant les bases du cadre de publication d'informations sur le développement durable de l'International Sustainability Standards Board (ISSB). Ce cadre, approuvé par l'Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV), est désormais adopté dans 130 juridictions, couvrant 95 % des marchés financiers mondiaux.

S’appuyant sur le succès de la TCFD, le Groupe de travail sur les informations financières relatives à la nature (TNFD) a élaboré un cadre similaire. Sylvaine Rols, spécialiste principale pour la nature aux Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations Unies, souligne : « Le TNFD utilise une méthodologie très proche de celle de la TCFD, articulée autour de quatre piliers. Même la formulation proposée pour les informations à publier est très similaire. » Cependant, le TNFD modifie le troisième pilier, le rebaptisant « gestion des risques et des impacts », afin de mieux appréhender la dimension plus large de la nature par rapport au climat.

Afin d'établir un cadre clair pour les informations relatives à la nature, la directive TNFD définit la nature comme le monde naturel, en soulignant la diversité des organismes vivants, y compris les êtres humains, et leurs interactions entre eux et avec leur environnement. La biodiversité, qui comprend les espèces, les habitats et les services écosystémiques, est au cœur de ces informations. Selon Yang Fangyi, responsable de programme senior pour la Chine à l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les services écosystémiques incluent l'absorption du carbone, la conservation de l'eau et la valeur culturelle, ce qui rend leur quantification complexe pour les entreprises.

Les recommandations de TNFD visent à relever ces défis en encourageant les entreprises à dialoguer avec les peuples autochtones et les communautés locales. De plus, il leur est conseillé de divulguer l'emplacement de leurs actifs, car leurs activités ont un impact sur l'environnement dans des zones spécifiques. Le cadre adopte également une approche souple de la notion de « matérialité », incitant les entreprises à envisager une perspective de « double matérialité », sans toutefois que cela soit obligatoire.

Combler les lacunes en matière de données et lutter contre l'écoblanchiment

Les récentes directives des bourses de Shanghai, Shenzhen et Pékin incitent les entreprises chinoises à améliorer leur reporting en matière de développement durable. Guo Peiyuan, spécialiste des tendances ESG et de la finance durable en Chine, a souligné que les principales sociétés cotées sont encouragées à se conformer aux nouvelles directives nationales dès le cours de l'exercice financier actuel. Cette mesure devrait accélérer les progrès en matière de publication d'informations sur le développement durable au sein des entreprises chinoises.

Guo a souligné que les lignes directrices mettent l'accent sur la qualité des rapports ESG, incitant les entreprises à ne pas considérer le reporting de développement durable comme une simple formalité administrative. D'ici 2026, plus de 400 entreprises, dont celles figurant dans les principaux indices boursiers, seront tenues de publier des rapports de développement durable, représentant collectivement plus de la moitié de la capitalisation boursière de ces marchés.

Cependant, des recherches récentes montrent que les entreprises chinoises sont à la traîne par rapport à leurs homologues de la région Asie-Pacifique en ce qui concerne la crédibilité de leurs objectifs environnementaux et la divulgation des émissions de gaz à effet de serre de leurs chaînes d'approvisionnement. Un porte-parole de Greenpeace Asie de l'Est a souligné que des normes de divulgation unifiées pourraient transformer la situation en Chine. Yuan Yuan, responsable des campagnes climat et énergie de l'organisation basée à Pékin, a insisté sur le fait que la transparence est essentielle pour un leadership en matière de développement durable. Toutefois, il reste difficile d'obtenir des informations sur les réponses des entreprises au changement climatique.

Yuan a souligné que l'absence de normes et le manque de visibilité des données empêchent les institutions financières chinoises d'évaluer les risques climatiques et d'élaborer des plans de transition. Une meilleure transparence des entreprises serait très bénéfique à ces institutions. Yuan a également appelé les gestionnaires d'actifs à mieux divulguer les risques liés au climat afin d'éviter l'écoblanchiment des actifs ou des entreprises à fortes émissions.

En 2022, Greenpeace Asie de l'Est a analysé les principaux gestionnaires d'actifs chinois et les fonds communs de placement associés, révélant une réticence à divulguer l'impact climatique des actifs sous gestion. Onze des quinze entreprises n'avaient fourni aucune information sur leurs émissions.

Les experts estiment que ces nouvelles règles stimuleront les investissements dans les secteurs fortement émetteurs comme la sidérurgie et l'agriculture, finançant ainsi leur transition vers des procédés de production plus propres. En tant que premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, l'amélioration des pratiques de développement durable en Chine est essentielle à la santé environnementale mondiale.

Cadres mondiaux et initiatives stratégiques de la Chine

La publication d'informations relatives à la nature progresse rapidement à l'échelle mondiale, sous l'impulsion des enseignements tirés d'autres initiatives de développement durable et du Cadre mondial pour la biodiversité. Ce mouvement trouve son origine dans le Sommet de la Terre de Rio de 1992, où la Convention des Nations Unies sur la biodiversité a été signée par 150 gouvernements. Lors de la COP15, la conférence des Nations Unies sur la biodiversité de 2022, le Cadre mondial pour la biodiversité a été adopté, fixant des objectifs ambitieux visant à protéger 30 % des terres et des océans d'ici à 2030, et engageant toutes les parties prenantes à agir.

L’objectif 15 de ce cadre exige que « les grandes entreprises et les entreprises transnationales ainsi que les institutions financières publient leurs impacts, leurs dépendances et leurs risques liés à la nature », instaurant ainsi une obligation mondiale pour les gouvernements d’intégrer ces informations dans leur réglementation. Sylvaine Rols, spécialiste principale pour la nature aux Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations Unies, souligne que cet objectif a impulsé un développement rapide des informations relatives à la nature.

La Chine a pris des mesures proactives pour s'aligner sur ces objectifs mondiaux. En janvier, elle a présenté sa Stratégie et son Plan d'action pour la conservation de la biodiversité (2023-2030), mettant l'accent sur le développement de la finance verte et une meilleure transparence des informations relatives à la nature. Ce plan impose aux entreprises d'intégrer des informations sur la biodiversité dans leurs rapports environnementaux et de développement durable.

En mai, les nouvelles directives chinoises en matière de reporting de développement durable pour les sociétés cotées en actions A (celles dont les actions sont négociées en yuans sur les bourses de Shanghai, Shenzhen ou Pékin) sont entrées en vigueur. Ces directives imposent aux grandes entreprises de publier des rapports de développement durable à partir de 2026, l'article 32 exigeant la divulgation des activités ayant un impact significatif sur les écosystèmes et la biodiversité. Cela inclut les violations des zones écologiquement sensibles et les mesures de conservation ou de restauration des habitats.

Le groupe laitier Mengniu, coté à la bourse de Hong Kong, est devenu la première entreprise chinoise à publier un rapport sur la nature conforme à la directive TNFD. Selon Huang Changtong, spécialiste de la Chine pour l'initiative « Risque et rendement des investissements dans l'élevage », le rapport de Mengniu respecte le cadre à quatre piliers de la TNFD, abordant la gestion des risques et des impacts, et fixant des objectifs ambitieux en matière de climat et de protection de l'environnement, tels que la neutralité carbone d'ici 2050 et l'élimination de la déforestation d'ici 2030.

Malgré les progrès accomplis, la publication d'informations relatives à l'impact sur la nature n'en est qu'à ses débuts. Yang Fangyi, responsable de programme pour la Chine à l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), souligne la nécessité d'une méthodologie largement acceptée et quantifiable pour que ces informations se généralisent. Contrairement à l'atténuation du changement climatique, qui peut être mesurée par les données sur les émissions, l'impact sur la nature requiert des indicateurs différents.

Des initiatives comme le Science-Based Targets Network peuvent aider les entreprises à se fixer des objectifs liés à la nature, à mettre en œuvre des actions concrètes et à suivre leurs résultats. Rols suggère de commencer par le guide TNFD, même si une transparence totale n'est pas atteinte dès le départ, et de progresser graduellement vers un reporting exhaustif.

Bien que le rapport de Mengniu constitue un excellent point de départ, Huang souligne qu'il manque de détails. De nombreuses entreprises agricoles perçoivent encore les risques liés à la nature principalement comme des questions de conformité, sans en comprendre pleinement les implications plus larges. Huang espère voir à l'avenir des données plus précises et une plus grande transparence, notamment dans des domaines comme la production et la transformation du fourrage.

Bien que le cadre TNFD soit actuellement facultatif, Yang estime que la publication d'informations relatives à la nature deviendra probablement obligatoire à l'échelle mondiale, à l'instar des informations relatives au climat. Il espère que les organisations chinoises joueront un rôle important dans ce processus, en apportant leur expertise et en contribuant à réduire les obstacles à l'accès aux marchés internationaux.

Défis et pistes d'avenir

Les déclarations relatives à l'impact environnemental connaissent un démarrage prometteur, mais des défis importants subsistent. L'établissement d'une méthodologie standardisée pour quantifier ces impacts est crucial pour que ces déclarations soient largement acceptées. Les initiatives internationales et les grandes institutions font progresser ce processus, mais l'implication des acteurs locaux est essentielle à la réussite globale.

Rols et Huang insistent tous deux sur l'importance d'entamer la démarche de transparence, même si les premiers rapports sont incomplets. Au fil du temps, à mesure que les entreprises développent leurs compétences et leurs connaissances, la qualité et l'exhaustivité des informations relatives à l'environnement s'amélioreront, ce qui permettra d'obtenir de meilleurs résultats environnementaux et de s'aligner sur les objectifs mondiaux de développement durable.

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