Paris a investi la somme colossale de 1.4 milliard d'euros dans l'assainissement de la Seine, espérant la transformer d'un cours d'eau pollué en un lieu digne des Jeux olympiques. Pourtant, malgré cet investissement massif, la forte concentration de bactéries dans le fleuve demeure préoccupante, soulevant des interrogations quant à la capacité de la ville, malgré ses efforts ambitieux, à rendre la Seine à nouveau propice à la baignade.
Malgré les efforts considérables déployés pour améliorer la qualité de l'eau en vue des Jeux olympiques, Paris est toujours confrontée à des problèmes de pollution dans l'emblématique Seine.
Paris a investi la somme colossale de 1.4 milliard d'euros (environ 10.5 milliards de yuans) pour améliorer la qualité de l'eau de la Seine, mais des inquiétudes persistent quant à sa propreté, notamment en raison de sa forte concentration en bactéries. Cela soulève des questions quant à l'efficacité d'un tel investissement.
Ces dernières années, le secteur du traitement de l'eau s'est placé à la pointe de l'innovation technologique, sous l'impulsion d'une demande croissante en matière de protection de l'environnement et de développement durable. Face à l'attention mondiale portée à la qualité de l'eau, des événements comme Watertech China à Shanghai présentent les dernières avancées en matière de traitement de l'eau, des technologies d'eau ultrapure aux solutions de gestion des eaux usées. Malgré ces innovations, même des villes comme Paris, disposant de ressources considérables, sont encore confrontées à des problèmes de qualité de l'eau.

Le 31 juillet, lors des XXXIII<sup>es</sup> Jeux olympiques d'été, 55 athlètes féminines ont plongé dans la Seine depuis une plateforme située sous le pont Alexandre-III pour donner le coup d'envoi du triathlon. Deux heures et 45 minutes plus tard, 55 athlètes masculins leur ont imité. L'enthousiasme des athlètes était partagé par la municipalité de Paris, qui avait consacré des années et des sommes considérables à la réalisation de cet événement sur le fleuve emblématique.
En 2017, lorsque Paris a remporté l'organisation des Jeux olympiques, la ville a fait une promesse audacieuse : organiser une partie des compétitions dans la Seine. Cet engagement a surpris toute la France, car la Seine était tristement célèbre pour sa pollution. La baignade y était interdite depuis 1923 en raison d'une grave contamination de l'eau, et cette interdiction n'a jamais été officiellement levée.
Le défi d'améliorer la qualité de l'eau de la Seine s'est fait encore plus pressant à l'approche des Jeux olympiques. Le triathlon masculin, initialement prévu le 30 juillet, a dû être reporté en raison de la mauvaise qualité de l'eau. La cause ? Des niveaux excessifs d'E. coli et d'entérocoques, des bactéries fréquemment associées à la contamination fécale.
Alors, pourquoi cette rivière romantique, qui traverse le cœur de Paris, est-elle si polluée ? La réponse se trouve dans le système de drainage vétuste de la ville, qui date du milieu du XIXe siècle.
Paris, comme beaucoup de grandes villes de cette époque, utilise un système d'égouts unitaires, où les eaux usées domestiques et les eaux pluviales sont acheminées par les mêmes canalisations. En clair, les eaux usées des habitations se mélangent aux eaux pluviales dans des canalisations souterraines, puis sont traitées dans des stations d'épuration. Cependant, lors de fortes pluies, le volume d'eau peut saturer les stations d'épuration, provoquant des débordements.
Pour éviter que ces eaux usées ne refoulent dans les habitations, les ingénieurs ont conçu le système de manière à déverser directement le surplus dans la Seine lors des orages. Ainsi, à chaque forte pluie, un mélange d'eaux usées, contenant notamment des matières fécales, est rejeté dans le fleuve. Selon les autorités parisiennes, ce type de rejet se produisait une douzaine de fois par an avant les Jeux olympiques, ce qui explique la concentration élevée et persistante de matières fécales dans la Seine.
Malgré les efforts et les investissements considérables déployés par la ville pour dépolluer la Seine, la gestion de son système de drainage historique demeure un défi majeur. Alors que Paris continue de se confronter à ce problème, la complexité de la gestion de l'eau en milieu urbain est mise en lumière, même dans l'une des villes les plus emblématiques du monde.
Outre leur réseau d'égouts unitaires, de nombreuses villes anciennes autour de Paris possèdent des canalisations d'eaux usées provenant d'habitations qui se déversent directement dans la Seine et son affluent, la Marne. À cette pollution s'ajoute la présence d'environ 170 péniches amarrées le long de la Seine parisienne, où les eaux usées des résidents sont également rejetées directement dans le fleuve.
Pour lutter contre la forte concentration d'eaux usées dans la Seine, la municipalité de Paris a lancé un ambitieux programme de travaux publics. Parmi les projets les plus importants figure la construction d'une immense cuve de stockage d'eau souterraine près de la gare d'Austerlitz. Cette cuve, d'une capacité de 46 000 mètres cubes – soit l'équivalent de 20 piscines olympiques – est conçue pour capter les eaux usées lors de fortes pluies. Au lieu d'être rejetées dans la Seine, les eaux usées sont ainsi dirigées vers cette cuve, où elles sont stockées jusqu'à la fin des précipitations, puis progressivement acheminées vers la station d'épuration.
Cette solution présente toutefois des limites. Le projet de réservoir d'Austerlitz vise à réduire le nombre de déversements d'eaux usées dans la Seine de 12 par an à seulement 2. Mais si Paris connaît des pluies prolongées ou intenses pendant les Jeux olympiques, le réservoir pourrait être saturé et des eaux usées non traitées, y compris des matières fécales, pourraient se retrouver dans le fleuve.
Pour remédier au problème des rejets directs d'eaux usées provenant des habitations, Paris a lancé une campagne de porte-à-porte afin d'inciter les habitants à raccorder leurs systèmes d'assainissement au réseau municipal. La ville a également installé de nouvelles canalisations et des pompes à quai pour les péniches, et propose des subventions de 6 000 euros par foyer (ou bateau) aux personnes qui participent aux travaux de modernisation.
Malgré les 1.4 milliard d'euros investis, la coordination de nombreux services et les polémiques suscitées, l'efficacité de la gestion de l'eau à Paris dépend en définitive des concentrations d'E. coli et d'entérocoques dans la Seine. Selon le Manuel de natation en eau libre de la Fédération mondiale de natation, ces bactéries sont des indicateurs fiables de contamination fécale.
Pour que le triathlon se déroule en toute sécurité, la qualité de l'eau de la Seine doit respecter des normes strictes : le taux d'E. coli ne doit pas dépasser 1 000 unités formant colonies pour 100 ml, et le taux d'entérocoques doit rester inférieur à 400 unités formant colonies pour 100 ml. Le non-respect de ces normes pourrait entraîner chez les athlètes des diarrhées, des vomissements et des infections respiratoires.
Pour garantir la conformité, des échantillons d'eau doivent être prélevés à trois endroits le long du parcours de la compétition — 2 mois, 7 jours, 48 heures et le jour de l'événement — le résultat le plus défavorable étant utilisé comme norme finale de qualité de l'eau.
En raison des pluies continues des 26 et 27 juillet, le test de qualité de l'eau effectué le 30 juillet n'a pas été conforme aux normes, contraignant le Comité d'organisation des Jeux olympiques de Paris à reporter d'un jour le triathlon masculin. Heureusement, dès le 31 juillet, la qualité de l'eau s'étant améliorée, le triathlon féminin et l'épreuve masculine reportée ont pu se dérouler sans incident.
Le Comité olympique de Paris a sans doute poussé un soupir de soulagement collectif : 1.4 milliard d'euros bien investis ! Mieux encore, la France espère pérenniser ces améliorations de la qualité de l'eau au-delà des Jeux olympiques. Le maire de Paris a annoncé un projet d'ouverture de plusieurs zones de baignade publiques le long de la Seine d'ici 2025. Les Parisiens comme les touristes pourront ainsi profiter du fleuve depuis ses berges, mais aussi découvrir la « Seine romantique » de l'intérieur et enfin se baigner dans ses eaux, 101 ans après l'interdiction de la baignade.